dimanche 30 décembre 2012

L'invisible de passage au beau milieu de nulle part.

Sous un ciel aux reflets étranges, au milieu d'un désert immense, quelques vieux arbres décharnés semblaient théâtraliser leurs souffrances. Telle était l'oeuvre posthume de ces artistes sans costume, pétrifiés dans leur posture.

Au beau milieu de nulle part, l'Art s'exprimait, universel et intemporel. Les derniers éclats solaires recouvraient l'horizon d'une fine poudre d'or.
Au même instant, et plus que jamais, les dunes lointaines resplendissaient par la féminité de leurs courbes, ondulantes et divines. La nuit, envoûtante, allait doucement recouvrir cette splendeur sauvage, l'enveloppant déjà de son parfum subtil, la possédant déjà.

Venu d'autres terres, un vent frais caressait le sable encore brûlant puis s'en allait, dispersant les derniers nuages du jour. Quelques étoiles scintillaient depuis l'insondable, offrant à la voûte céleste une parure de pierres précieuses, émeraudes et saphirs, insaisissables.

La poésie de cette étendue désertique renfermait quelque chose de sacré, un symbole, un message pour qui aurait su l'interpréter. Le ciel était seul gardien de ce sanctuaire ignoré des hommes, n'ayant jamais été profané, préservé dans sa pureté originelle.

J'observais chaque détail, pas après pas, un livre aux pages vierges dans les mains, et l'écriture comme unique moyen de retranscrire. Je me sentais naître à nouveau, je me retrouvais enfin, loin de l'asphalte, loin du béton, échappé du monde. Cette terre sauvage allait devenir le berceau de ma renaissance.

Pour que la beauté se révèle dans l'instant, il suffit parfois d'une poignée de sable jetée sous la lumière des astres; je décidai immédiatement d'en faire l'expérience. Les grains, libérés de l'attraction terrestre par centaines de milliers, formèrent une fresque éphémère dans l'espace, puis retombèrent discrètement, comme une fine pluie nocturne sur ma peau.
La raison de ma présence en ce lieu ne me revenait plus en mémoire, ce qui n'avait absolument aucune importance, je m'abandonnais, j'offrais mon être tout entier à l'Univers, qu'il dispose de mon enveloppe et libère mon esprit.

Soudain, un éclair déchira le ciel de part en part et la pluie vint à torrent, je tombai à genoux et chantai avec l'orage, inspiré et comme possédé par la toute-puissance des éléments. Les larmes aux yeux, j'attendis que la foudre vienne s'abattre, qu'elle vienne me frapper si cela devait se passer ainsi, les mains tendues et ouvertes. J'aurais été honoré d'un tel passage vers la mort, aussi digne que spectaculaire, mais un arbre fut choisi à ma place, instantanément changé en un immense brasier, dont les flammes illuminèrent les environs d'une légère teinte jaune-orangé.

Adrien

1 commentaire:

  1. Trocute - trochoque - ton récit m'électro-lyse ! ... et me touche si profondément que tu rallumes en moi un feu perdu... l'envie de peindre !
    merci ;) aj

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